Trois mûriers presque centenaires sur la commune de Saint Vincent de Mercuze ont été coupés.
Le cri du cœur de Marie !


Ils étaient trois vaillants mûriers, plantés il y a, forcément, longtemps… Quand ?

Dans les années 1800 – 1850 ? Du temps de Napoléon 1er qui encourageait la sériciculture quand la fabrication de la soie lyonnaise réputée en Europe était à son apogée ?

Possible, un mûrier vivant 300 ans, ces trois mûriers étaient alors juste dans la fleur de l’âge… Ou alors, ces trois mûriers furent plantés plus récemment, lors d’une relance de la sériciculture tentée entre 1941 et 1945 ? Agés d’environ 80 ans, ils avaient alors tout l’avenir devant eux. Dans 24 départements, l’abattage des mûriers sans autorisation spéciale fut interdit par une loi de 1941, c’était le bon temps ! Mais la loi fut oubliée et nos trois mûriers, comme tant d’autres, viennent d’être abattus.

Feus car ils n’existent plus ; UN , DEUX , TROIS, car ils étaient trois ; SOLEIL car le mûrier blanc était nommé Arbre d’or, la photo ci-dessus de nos trois mûriers devant le Grand Manti à l’automne, explique à elle seule son surnom. Il fut aussi nommé Arbre d’or de par le revenu complémentaire (en pièces d’or) que la culture des vers à soie apportait aux paysans du Sud-Est.

Ci-dessous, une photographie aérienne des années 1965, sur laquelle, de nombreux mûriers sont encore visibles, la nuciculture absente.

Si la sériciculture à été abandonnée depuis de nombreuses années, les mûriers vestiges de l’histoire agricole de notre région ont eu pendant de nombreuses années une utilité, outre l’ombrage pour le bétail, ils servaient souvent de témoin de limite de parcelles.

En comparaison, la photo satellite ci-dessous, les mûriers n’existent plus, la nuciculture est devenue fort présente

Pourquoi un requiem pour ces trois mûriers ? 

  • La beauté :

Que préférez-vous ? Ceci ?

ou cela ?

Ne sont pas encore présents : le grillage-allant-de-soi autour du bâtiment, de même que la petite haie d’arbustes ornementaux provenant d’autres contrées (souvent forts lointaines d’ailleurs) et qui toujours taillée drastiquement restera sans vie, voire même mortelle pour les oiseaux car cachant un joli grillage dans lequel les oiseaux de proie se fracasseront en chassant.

  • La Vie

 Dans ces trois mûriers, vivaient depuis toujours un couple de petites chouettes, appelées Chevêches d’Athéna dont voici le portrait tiré exactement sur le nichoir porté par un de ces 3 mûriers :

Dans les années 1990, Patrick avait posé un nichoir sur un des mûriers, car une taille mal conduite avait mis au jour les cheminées naturelles, laissant les pluies entrer dans le tronc creux de l’arbre, et les oiseaux ne pouvaient plus y nicher.

(Normalement, une taille adéquate, permet la création de cheminées horizontales, qui permet à la Chevêche d’accéder à l’intérieur du tronc qui reste toujours à l’abri des intempéries.)

Chaque année, avec échelle et lampe de poche, nous, Patrick et moi, surveillions le nichoir comme la quinzaine d’autres disséminés dans la plaine du Touvet, Saint Vincent de Mercuze, Ste Marie d’Alloix et la Buissière. Chaque année, un couple y était présent et menait jusqu’à terme une nichée de trois à cinq jeunes.

Suite l’abattage des mûriers ou des vieux saules creux parsemant historiquement la plaine, nous avons constaté une raréfaction de cavités naturelles et ceci nous a convaincu de prendre les choses en main pour notre petite protégée. Nous avons donc dès les années 2000, installé des nichoirs pour pallier à ce manque flagrant de cavités.

En effet, en 1994, subsistaient au minimum, uniquement sur la commune de Saint Vincent de Mercuze, 8 couples de chevêches. D’années en années, nous avons constaté leur disparition, avec différentes causes, toutes imputables à nos activités : non seulement l’abattage des mûriers ou Saules tétards, mais aussi pour certains couples : dérangement continuel, création de nouvelles parcelles de noyers, traitements des noyers toxiques pour la faune, nouvelles constructions….

 

A ce jour, il ne reste plus que quatre couples de Chevêches d’Athéna, un seuil qui signe son arrêt de mort à plus ou moins court terme.

Pourtant la Chevêche d’Athéna est un rapace nocturne fort utile à l’agriculture. Pour preuve, les observations de garde-manger de celle-ci trouvés sur les zones de nidification et comprenant des 10aines de rongeurs à chaque fois ! Pour les insectes ravageurs tels les hannetons dont la petite chouette aux yeux d’or se nourrissaient, la chimie a réglé leur compte depuis fort longtemps…

Mais peu importe, l’homme préfère empoisonner à la bromadiolone les rongeurs et par voie de conséquence les rapaces se nourrissant de ceux-ci !

 

L’augmentation de ces espaces de production, de commerce, ces ZI , ZAC, ZAE, PA… sur des terres agricoles signe l’arrêt de mort de nombreuses espèces des milieux agricoles ouverts en s’ajoutant aux modifications de pratiques agricoles déjà mises en cause dans l’érosion de la biodiversité.

Les études menées par le CRBPO attestent d’une chute drastique des espèces inféodées à ces milieux :

 

Oui, car la Chevêche d’Athéna n’est pas la seule à disparaître, un cortège d’oiseaux autrefois très communs s’efface. Adieu, Moineaux friquets, Pie-Grièches écorcheurs, Huppes fasciées, Bruants jaunes, Bruants proyers, Tariers pâtres, Linottes mélodieuses….

Alors, malgré nos efforts, et dans l’indifférence de tous, perdons notre « biodiversité » si souvent nommée et …enterrée pour une productivité du toujours plus et oublions des sites magnifiques comme celui-ci…. Un parmi tant d’autres.

Pour preuve cette carte des milieux agricoles ouverts disparus depuis les années 2000, commune de Saint Vincent de Mercuze. La perte de parcelles favorables aux espèces des milieux agricoles coté commune du Touvet est équivalente, l’emprise de la ZAE sur les terres agricoles est importante malgré des parcelles en friche enclavées dans l’ancienne ZAE  :

 

et pour conclure en beauté avec un texte de Patrick :

 

.. derniers témoins d’une ancienne civilisation de la soie naturelle en vallée du Grésivaudan, 3 muriers creux alignés, 3 refuges pour la chouette chevêche que l’on sait casanière, dans un des derniers bocage encore laissé intact en biodiversité…C’etait sans compter sur cet insatiable besoin de terres agricoles pour y étaler une de ces zones artisano-industrielles en plusieurs lots avec bâtiments, parkings asphaltés, dépotoirs discrets et quelques arbres d’alignement sur les routes d’accès pour faire joli !..Ou faire, comme un remord tardif oublier tous ceux qu’on à détruit …La ZA EN PREMIER LOT AVAIT PERMIS SUR NOTRE INSISTANCE de préserver ces 3 muriers? On nous a pris pour de gentils fous mais avec un sourire narquois les responsables et les pelleteuses ont laissé comme un sursis le  site en état tant qu’ils pouvaient. MAIS effarouchée par tant de bruit et tant d’activité humaine, et malgré la pose d’un nichoir pendant un temps occupé, la petite chouette avait définitivement abandonné son domaine! Pour aller où?… Sur un territoire qui perd toujours un peu plus de sites de nidification et  rétrécit  chaque année comme on dit d’  une peau de chagrin! Quelle parlante expression!…ALLEZ  nicher sur un de ces  noyers industriels, traité au fongicide et pesticide, désherbé au round-up et secoués  au vibrateur mécanique à chaque récolte !..Aujourd’hui le deuxième lot s’est abattu, les trois muriers se sont envolés eux aussi disparus !..Qui croyez vous que cela dérange? …Les chasseurs indiens d’autrefois, élevaient une prière au gibier tué afin de  le  remercier  d’avoir accepté la mort pour nourrir la tribu…Les indiens croyaient en l’être suprême et respectaient les lois  implacables mais  harmonieuses de la nature…Maintenant les hommes montent leur mécano géant sans même savoir qu’ils ont dispersé une vie  dont ils n’auront jamais entendu parler…Les affaires marchent  et  quelques gentils fous (oh deux ou trois , ne prenez pas peur)ne finiront pas de cacher des nichoirs, même  au milieu des entrepôts, car ils veulent sauver ce qu’ils aiment avant de disparaitre à leur tour , vaincus par cette indifférence!…Les écolos , qui sont simplement des citoyens plus sensibles  et moins bouleversés par les résultats des championnats de football que d’autres , ont toujours été traités d »indiens »par la condescendance des gens qui ne se posent jamais de questions .

.ON AURAIT PU IMAGINER LA PETITE CHOUETTE que l’on aurait identifié et respecté en lui laissant sa maison ,  la nuit quand les hommes ont fini leur labeur, continuer sereinement à faire le sien, à chasser  rongeurs et  hannetons, dans le nouvel espace paysager . Il suffisait  d’y penser !

On peut tuer la chouette sans fusil….

Merci Patrick, pour toutes tes actions.

Merci Marie Hélène auteure des magnifiques photos.

Marie Jouvel témoin et habitante de St Vincent.

 

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